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Du sang neuf pour Belin-Béliet
Écrit par Gérard Rodriguez   

« La campagne attire la construction » titrait récemment notre confrère Sud Ouest (14 décembre 2005), et 2004, en Aquitaine, a été une année record pour la construction neuve en milieu rural (+ 46 % par rapport à 2003).

 

On le voit sans peine, notre village participe pleinement au mouvement. Devant la multiplication des chantiers et des lo­tissements, nous avons souhaité rencontrer quelques-uns de ces « nouveaux arrivants » pour connaître leurs attentes, leurs espoirs et leurs raisons de s’installer ici.

 

Nous avons interrogé 50 personnes, 50 familles qui se sont aimablement prêtées au jeu et que nous tenons à remercier pour leur collaboration. Précisons tout de suite que notre enquête n’a rien de scientifique. Pas d’ “échantillon représentatif ”, ni de méthode des quotas ici, mais un instantané, la photographie d’une partie de la commune à un moment donné de sa croissance.

 

micro-trottoirComme on pouvait s’y attendre, les « nouveaux arrivants » sont jeunes. Sur les 50 personnes interrogées, 8 ont entre 20 et 30 ans, 28 entre 30 et 40, 10 entre 40 et 50. 4 ont dépassé 50 ans. Professionnelle­ment, ils se classent en deux grandes caté­gories :

•  les  employés de la fonction publique (état, collectivités territoriales et assimi­lés) travaillant dans l’administration, l’en-seignement, le social, la santé et l’armée (20% du total) ;

• les employés du privé, travaillant à une écrasante majorité dans le secteur des ser­vices (maintenance, assistantes maternel­les, espaces verts, dépannage, transports, informatique, restauration, commerce, imprimerie, secrétariat : 70 % du total) ;

• quelques travailleurs indépendants et des personnes au chômage (10%).

 

Lorsque l’on considère l’origine de ces migrants, on constate que la Garonne fonc­tionne toujours comme cette « frontière » intérieure du département. 33 familles, en effet, viennent du département — dont 22 de la CUB 1 — mais toutes, sauf une, de la rive gauche… 9 familles arrivent, plus ou moins directement, de la région parisienne, 6 des autres régions de France et 2 de l’étranger.

 

Cette origine majoritaire de la CUB signi­fie que ces nouveaux Belinetois ont pour la plupart conservé leurs relations et leur tra­vail antérieurs (13 à Bordeaux, 25 sur la CUB, 12 en Gironde, 10 travaillant à Belin-Beliet…).

 

On voit poindre ici le risque — redouté dans tous les entretiens — de passer directe­ment du village paisible à la cité-dortoir … Ce risque pourrait être renforcé, si l’on n’y prend garde, par les habitudes de consom­mation. En effet, de nombreuses personnes, travaillant sur l’agglomération bordelaise, ont conservé leurs habitudes et font leurs achats dans les hypers de la périphérie qu’ils connaissent bien. Si 31 d’entre elles font leurs courses au Super U de Belin-Beliet (dont 13 « en dépannage » seulement), 26 vont à Biganos (Auchan, Lidl, Mutant), une dizaine à Salles et 10 dans les Carre­four et autres Leclerc de Mérignac, Bègles ou St Médard. Le supermarché en projet dans la commune infléchira peut être la ten­dance…

 

Ces nouveaux Belinetois sont arrivés dans la commune pour s’y installer durablement (comme disent les Québécois, « ils sont partis pour rester »…) : 40 sont propriétaires ou en accession à la propriété, 10 sont locataires. Leur choix s’explique par 4 raisons principa­les, dans un ordre et des proportions variables selon les cas :

• d’abord, massivement, le prix des terrains :

« … L’accès à la propriété est impossible à Bordeaux et dans la proche banlieue… On peut encore acheter ici un terrain assez grand à un prix abordable… » ;

• la facilité des transports (proximité SNCF, aéroport, A10, RN 10, tram) ;

• la qualité de la vie et de l’environnement « … c’est la campagne pas trop loin de Bordeaux…» (4 activités sont ainsi plébis­citées : la recherche des champignons, la marche à pied, le vélo et le jardinage…) ;

• la proximité de l’Océan et du Bassin d’Arcachon.

 

L’image de la commune est généralement très positive, et les nouveaux arrivants expri­ment une grande satisfaction de leur arrivée ici « … je ne vois pas de quoi je pourrais me plaindre », dit l’un. Certains évoquent « un petit paradis » et se réjouissent de « … pou­voir élever leurs enfants près de la nature et loin de la grande ville ».

 

De plus, profitant de taux d’intérêt très bas, ils estiment avoir fait une bonne affaire, avec des remboursements à peu près égaux à ce qu’est un loyer dans la CUB…

 

En venant à Belin-Beliet, les gens trouvent donc, à des conditions accessibles, un cadre de vie préservé qui répond à leur désir de calme et de tranquillité. Mais, avec leur arrivée, la commune, prise de court par l’ampleur d’un phénomène qu’elle n’a pas su contenir et qu’elle peine à accompagner, se trouve con­frontée à un double problème : la création ou la mise à niveau urgente de services collectifs esssentiels et l’accueil d’une nouvelle et im­portante population.

 

Prenons l’exemple de l’enfance… Les 50 familles rencontrées, qui comptent 74 en­fants 2, sont très sensibles à la politique mu­nicipale dans ce domaine. Ainsi, l’absence de crèche, les conditions d’accueil de la halte gar­derie, l’insuffisance de la cantine, les chemins de l’école non sécurisés, les limites imposées au ramassage scolaire peuvent-ils pénaliser lourdement certains parents qui travaillent loin avec des horaires parfois difficiles…

 

D’autre part, il semblerait que le projet de l’école n’avance pas beaucoup. Or, il faut au minimum 2 ans pour construire une école. Si le dossier était déposé aujourd’hui, elle ne pourrait pas être livrée, au mieux, avant le 1er trimestre 2008. On en est loin, les terrains nécessaires n’étant pas encore, selon nos informations, acquis en totalité… « On a laissé développer l’habitat, mais les services ne suivent pas » constate l’une de nos interlocutrices, mère de famille…

 

Des attentes fortes se manifestent égale­ment dans d’autres domaines : transports publics, emploi, commerces (jugés vétustes et manquant de diversité), environnement et vie associative.

 

• En matière d’emploi, la « Route des La­sers » et le Mégajoule ne commenceront à faire véritablement sentir leurs effets que dans quelques années. Beaucoup, à la recherche d’un emploi ou souhaitant li­miter leurs déplacements professionnels, ont regretté la faiblesse de l’emploi local, qui conditionnera leur maintien sur place ou leur départ. De plus, nombre de per­sonnes ne savent pas toujours où s’adres-ser pour être renseignées sur les possibi­lités offertes…

 

• Dans le domaine de la vie associative, les premiers travaux d’installation passés, beaucoup commencent à fréquenter pour eux-mêmes ou leurs enfants les équipe­ments et les activités de la commune : clubs sportifs, bibliothèque, école de mu­sique, Centre du Graoux, Acirias… et à y prendre parfois des responsabilités. Mais la commune qui compte pourtant beaucoup d’associations, manque d’anima-tion, a-t-on entendu dire. Le jugement est parfois sévère : « … il n’y a pas de vraie vie de village », « c’est un peu mort et les jeu­nes s’ennuient », « Belin-Beliet n’est pas un vrai chef-lieu de canton avec son tissu économique et social » conclut un de nos interlocuteurs… La palme revenant, pour l’anecdote, aux « illuminations » de Noël, jugées « minables » !

 

Pour d’autres cependant, ces aspects ne sont pas essentiels et ils se satisfont de l’existant, leurs besoins étant ailleurs…

 

Ce qui est primordial pour tous, en revan­che, c’est la qualité de l’environnement et le maintien du caractère campagnard et tran­quille du village. Beaucoup ont trouvé dans ce calme ce qu’ils attendaient malgré des re­lations de voisinage parfois tendues ou ré­duites à « Bonjour, Bonsoir »… Aussi « … freiner l’explosion de la cons­truction …» est une préoccupation large­ment partagée « pour conserver ce cadre de vie qu’ils ont choisi en venant s’instal-ler ici… ».

 

L’arrivée massive, à l’échelle de Belin-Be-liet, d’une population jeune et dynamique, avec des enfants, porteuse de modèles et d’attentes souvent inspirés des modes de con­sommation urbains, met la commune devant des demandes à la fois légitimes et ambiguës, parfois contradictoires, bien résumées, il y a longtemps déjà, par l’humoriste Alphonse Allais : faut-il construire les villes à la cam­pagne ?…

 

On mesure l’ampleur de la question…

 

A l’issue de nos entretiens nous nous con­tenterons, pour notre part, de tenter d’en po­ser les termes possibles.

 

A une époque où le calme, l’espace et le temps disponible sont devenus de vrais luxes, est-il possible de vivre dans des villages pré­servés, bien que financièrement accessibles au plus grand nombre, tout en assurant un ni­veau de services proche de celui d’une ville dix fois plus peuplée ?… Comment préserver nos conditions de vie et éviter la cité-dortoir, où la tranquillité se mue en ennui et où tout se passe ailleurs ?…

 

Chacun a ici un rôle à jouer…

 

Peut-être certains de ces nouveaux béliné­tois gagneraient-ils à se comporter en ci­toyens actifs plutôt qu’en consommateurs exigeants, et faire un effort de leur côté… Beaucoup, d’ailleurs, l’ont déjà fait.

 

La municipalité, quant à elle, a un défi con­sidérable à relever. C’est vrai que le rattrapage des retards accumulés dans tous les domaines (école, crèche, salle de sports, assainisse­ment…) coûtera cher.

 

Mais réussir l’intégration des nouveaux, garder à la commune son caractère accueillant tout en la modernisant n’est pas seulement une question de moyens. C’est une question d’état d’esprit, de volonté et d’imagination. Pour ouvrir un vrai dialogue avec tous les habitants, stimuler la vie associative, mobi­liser toutes les énergies et renforcer le lien social 3…

 

Créer un jardin public et un parc de jeux pour les enfants, ouvrir une maison des asso­ciations, faciliter le covoiturage grâce au site internet de la mairie, réfléchir à une vraie po­litique de la jeunesse, instituer des commis­sions extra-municipales, soutenir l’ouverture d’une crèche parentale, mettre en place des jardins ouvriers ou d’insertion, voilà des pis­tes… Il y en a beaucoup d’autres… En lan­çant ces chantiers la municipalité commence­rait à répondre aux attentes et donnerait un si­gne fort aux Belinetois…

 

Fort, et attendu…

 

1 - Communauté urbaine de Bordeaux, qui regroupe 27 communes de l’agglomération bordelaise (Bordeaux compris)
2 - 15 de 0 à 2 ans, 27 de 2 à 6 ans, 15 de 6 à 12 ans, 17 de 12 à 18 ans
3 -«Ce qui me manque c’est de parler», nous confiait une dame… Par ailleurs, plus de la moitié des personnes rencontrées seraient prêtes à s’investir dans la vie associative.

 

Le comité de rédaction remercie tous les adhérents qui ont participé à la réalisation de l'enquête...

 

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Ecrivez-nous au :
5 b, chemin de Pujeau-Perrin à Garrot 33830 BELIN-BELIET

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