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Chacun peut le constater : les constructions nouvelles se multiplient sur l’ensemble de la commune. Cet afflux de nouveaux résidents a pour conséquence une situation un peu bipolaire : les “anciens” regardent de loin, avec une dose de méfiance et d’inquiétude, ces “gens venus d’ailleurs”… Les “nouveaux”, pour l’instant, ne regardent pas grand chose… Ils sont occupés à terminer leur maison ou ses abords… Au mieux, ils prennent leurs marques. Deux mondes qui, s’ils ne s’ignorent pas totalement, ne se fréquentent guère. Au Courant alternatif, nous nous situons dans une situation intermédiaire : pour la plupart, nous sommes arrivés dans le village il y a entre 10 et 20 ans… De même qu’il existe en boxe la catégorie des lourds-légers, nous serions en quelque sorte des “anciens-nouveaux”(… ou des “nouveaux-anciens” ?)… Ceci nous offre un regard particulier et nous autorise, même, à essayer de participer à la “rencontre” des deux catégories. C’est d’ailleurs une vocation de notre association de “soutenir les initiatives et les rencontres /…/ en favorisant l’intégration des nouveaux arrivants sur la commune” (art. 2 des statuts).
Nous avons donc pris l’initiative de proposer ce dossier à double entrée : d’abord, une présentation (modeste et succincte) de l’histoire communale, plutôt adressée aux “nouveaux” (avec un encart en bonus : le “guide du broutard”, un répertoire des bons plans – ou des moins bons – de notre contrée) ; ensuite, proposés plus particulièrement aux “anciens”, les résultats d’une enquête que l’association a réalisée pour mieux connaître nos concitoyens installés de fraîche date.
LE VILLAGE EXPLIQUE A MON VOISIN
Cher nouveau voisin,
Vous avez acheté, il n’y a pas très longtemps, le terrain à côté de chez moi. Il s’agit d’un des 14 lots que mon ancien voisin, naguère ardent défenseur de la sylviculture, a mis en vente en raison de son intérêt nouveau pour l’urbanisation rurale. Vous habitez maintenant votre coquette maison et, bien que vous soyez encore très occupé par vos travaux de finition, je perçois votre désir de mieux connaître votre nouvel environnement. Il vous arrive de m’interroger sur divers aspects de la vie locale… « Pensez-vous que si je gemmais les 4 pins qui subsistent sur mon terrain, cela m’aiderait à rembourser mes prêts ? »… « c’est dommage que le facteur ne fasse plus sa tournée sur des échasses, comme on voit sur les cartes postales ! »… « pourquoi on appelle ce bolet “cèpe tête de nègre” alors qu’il est rouge avec des points blancs ?»… Bref, cher nouveau voisin, il m’a semblé judicieux de répondre à votre soif de connaissances en vous apportant, pour commencer, quelques éléments sur l’histoire du village.
Le territoire auquel appartient la commune actuelle de Belin-Béliet se situe au carrefour de deux axes de circulation importants : la Leyre qui s’écoule depuis le plateau landais vers le bassin d’Arcachon et le chemin terrestre qui va de Bordeaux vers Bayonne et l’Espagne… La vallée de la Leyre a été un lieu d’installation de communautés humaines dès la préhistoire. La rivière a été utilisée au moyen-âge pour le transport du sel et de la poix. Plus près de nous, elle a permis le transport par flottage des billes de bois. La force motrice de ses affluents a permis l’installation de nombreux moulins, de forges, de tuileries… Au XIXème siècle, elle a favorisé la création de fonderies pour l’exploitation du minerai de fer (la “garluche”). La route rectiligne – d’abord voie romaine – qui, de Bordeaux, permet de se diriger vers Bayonne et l’Espagne rencontre son seul obstacle naturel, la Leyre, à Belin-Béliet. Nos ancètres ont donc vu défiler les troupes d’Auguste, de Charlemagne, de Napoléon…, des voyageurs plus paisibles aussi, pèlerins de St Jacques de Compostelle, marchands, transporteurs… et, à l’époque moderne, les caravanes de vacanciers roulant vers le sud ou les voitures souvent surchargées pour “le retour au pays”. Les premières traces écrites concernant notre cité semblent appartenir plus à la légende qu’à l’Histoire. Au XIIème siècle, le Liber Sancti Jacobi (Guide du pèlerin de St Jacques de Compostelle) localisait du prieuré de Mons la sépulture des preux de Roland, morts à Roncevaux : « c’est là qu’ils gisent dans un même tombeau : un parfum très doux en émane qui guérit les malades ». Légende aussi ou histoire vraie qui fait naître Aliénor au château de Belin ? On va dire que oui… sinon il faudrait que la commune change de logo ! Aliénor, rappelons-le, fut deux fois reine… Après un premier mariage, en 1137, avec Louis VII, futur roi de France, elle épousa en 1152 – sa première union ayant été annulée – Henri Plantagenêt, roi d’Angleterre sous le nom d’Henri II. C’est par ce mariage que l’Aquitaine devint, pendant trois siècles, possession anglaise !
Originaire du pays ou non, Aliénor se montra généreuse pour les habitants de Belin puisqu’elle leur octroya une charte qui les dispensait « de toutes taxes, tailles, corvées, tous subsides et servitudes, sans aucune exception quelle qu’en soit l’origine »… Non, non, ne vous frottez pas les mains, cher nouveau voisin : ce texte est désormais caduc et il ne vous dispensera pas de devoir payer vos impôts locaux et taxe foncière ! Malgré les avantages accordés par Aliénor, nos prédécesseurs dans cette contrée, ne menaient pas une vie facile. La région des Landes, a été décrite, par les voyageurs qui la traversaient, comme particulièrement inhospitalière. La vallée de la Leyre offrait cependant des conditions de vie plus favorables que celles du plateau, constitué de landes désolées et de marécages insalubres. Les paysans d’alors utilisaient toutes les ressources que leur offrait le système agro-pastoral, le fumier des ovins permettant d’améliorer la fertilité limitée d’un sol particulièrement acide. L’élevage des moutons était donc important et, outre la viande, permettait l’exploitation de la laine. Les “laboureurs” de l’époque cultivaient principalement le seigle et le millet, un peu de froment, puis, plus tard, le maïs. Le potager, la basse-cour et l’élevage du cochon permettaient de subvenir, quasiment en autosuffisance, à l’alimentation de la famille. S’y ajoutaient les produits de la cueillette (champignons, châtaignes, baies…), de la pêche en rivière et de la chasse (lorsqu’elle fut autorisée, après la Révolution…). Les autres ressources étaient principalement le miel et la cire des ruches. N’oublions pas la vigne, même si le vin produit n’avait aucune chance de figurer dans le registre des grands crus ! Le bois et ses dérivés (charbon, poix, goudron) restèrent longtemps une production secondaire. Cela allait changer avec la plantation massive, sous Napoléon III, du pin maritime. L’idée était de fixer les dunes du littoral (Brémontier) et d’assainir les marais de l’intérieur (Chambrelent et Crouzet). Il allait s’en suivre un bouleversement économique, la sylviculture prenant désormais une importance capitale dans l’économie de la région. Le gemmage a occupé une part importante de la main d’oeuvre locale et l’exploitation du bois a trouvé de nouveaux débouchés : poteaux de mines, traverses de chemin de fer, pâte à papier… Ceci se traduisit par une certaine prospérité après la grande guerre. Il y eut ensuite un lent déclin, jusqu’à l’interruption des récoltes de résine à la fin des années 60. Actuellement des efforts (insuffisants ?) sont fait pour relancer la “filière bois”. Le passage de l’activité agro-pastorale à la sylviculture intensive constitua une véritable mutation. D’autres innovations accompagnèrent cette entrée dans la “modernité” : amélioration du réseau routier ; mise en place d’un réseau d’électrification ; construction de la voie ferrée reliant Facture à St-Symphorien (actuelle piste cyclable… le viaduc sur la Gaure subsiste, mais la gare a été démolie il y a quelques années…). Au chapitre des voies de communication, notons que, dans les années 1820, il avait été projeté de creuser un canal pour relier la Leyre à la Garonne. Après la réalisation à Béliet d’un tronçon d’essai, le projet fut abandonné… Le début du XXème siècle vit le surgissement de l’industrialisation… C’est ainsi qu’un enfant du pays, Louis Cazenave, à partir d’un modeste atelier de montage de bicyclettes, a développé un ensemble industriel qui allait employer, sur 35 ha, jusqu’à 800 personnes. Outre la fabrication des cycles, l’entreprise allait développer une scierie, une fonderie, puis, dans les dernières années, une unité de production de remorques routières… Cazenave, pendant un demi-siècle allait s’affirmer comme la ressource vitale du village et des environs… Son rôle débordait largement le strict domaine de l’emploi : cité ouvrière, transport du personnel, coopérative d’achats, action sociale, santé, cinéma… étaient gérés par l’entreprise. Comme pour l’ensemble de la France rurale, la guerre de 14-18, coûta la vie à de nombreux jeunes hommes de Belin et Béliet. L’entreprise Cazenave participa à l’effort de guerre en fabriquant des obus…
Après avoir pansé ses plaies, notre contrée vécut l’entre-deux-guerres de façon paisible et relativement prospère. Cazenave poursuivit son expansion, mais d’autres usines continuèrent leurs activités : fonderies (la dernière vient de fermer ses portes, il y a quelques mois seulement), briqueteries, tuileries… Par ailleurs, les activités liées au gemmage et à la sylviculture se poursuivirent. Les transports et le commerce se développèrent. L’agriculture traditionnelle, culture et élevage (ovins, bovins, mules…) resista pour un temps encore. Toutes ces activités se trouvèrent en sommeil, bien sûr, pendant la durée du 2ème conflit mondial. Comme dans toute la zone occupée, nos deux villages vécurent à l’heure allemande. Un épisode tragique se déroula aux confins des territoires de Belin et du Muret : l’exécution d’André Grandclément, accusé de trahison par la Résistance. Cette période semble avoir été vécue de façon assez traumatisante par la population pour que 60 ans plus tard il reste difficile d’évoquer le sujet ! Après guerre, la vie reprit son cours avec ses joies et ses peines, le labeur et les distractions. Les hommes continuèrent à palabrer aux cercles… Mais les lavoirs, lieux traditionnels de discussion des femmes, furent progressivement abandonnés. En ces temps, les fêtes locales étaient de grands événements, les bals permettaient les rencontres entre filles et garçons… définitives ou provisoires ! Ils se terminaient parfois, ces bals, par des pugilats entre les petits gars de Belin et de Béliet… Le traditionnel jeu de quilles (rampeau) cédait définitivement la place aux activités sportives modernes présentes, pour certaines, depuis déjà longtemps. Dans le domaine sportif, à noter, au cours des années 80, la préparation physique, chez nous, de la grande équipe des Girondins (époque Jacquet)… L’entreprise Cazenave continuait à être le pivot incontournable de la vie économique locale. On comprend donc que son déclin, puis sa fermeture définitive en 1975, causa un véritable traumatisme à la population. La période de crise qui s’ensuivit fut accentuée par l’ouverture, au début des années 80, de l’autoroute Bordeaux-Bayonne. Ce nouvel axe routier allait supprimer un des plus célèbres “points noirs” de l’hexagone (ah, les célèbres “pavés de Belin-Béliet”…). Mais il allait ruiner aussi le petit commerce local… Cette conjonction d’événements défavorables allait se traduire par une baisse spectaculaire de la population. La période 1970-80 constitua une rupture dans l’évolution économique et sociale. Elle fut marquée par l’unification, en 1974, des deux communes. Ce “mariage” fut concrétisé par la construction du groupe scolaire unique et, plus tard, par celle de la mairie actuelle. Belin-Béliet (désormais…) entra dans une nouvelle ère. Si des activités industrielles se poursuivirent (création de la zone industrielle.), le secteur des loisirs se développa grace à la dynamique du Parc naturel régional des Landes de Gascogne (créé en 1970, il a, aujourd’hui, installé son siège dans notre commune). Un intérêt nouveau s’est manifesté pour les valeurs patrimoniales. Il s’est traduit par la création : - du Centre du Graoux destiné à la découverte du milieu naturel ; - du Centre Lapios pour la recherche et la formation à la musique traditionnelle gasconne (activité prématurément interrompue par manque de subventions…); - du Musée d’Histoire locale, à l’initiative des Amis de l’Histoire du canton de Belin-Béliet.
La période récente a vu la création de la Communauté de communes du Val de l’Eyre et la mise en chantier, au Barp, du laser Méga-joule… Suite à la pression urbanistique, une nouvelle mutation est en cours… Les nouveaux habitants y auront un rôle important à jouer…
Cher nouveau voisin, nous comptons sur vous !
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