| Des voitures vertes pour nos facteurs ! |
| Écrit par Gilles Rosières |
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« Entre une grave pénurie d’énergie et un dérèglement climatique majeur, nous ne savons pas aujourd’hui ce qui adviendra en premier. Mais nous savons qu’au moins l’un de ces deux bouleversements risque de se produire dans l’espace d’une ou deux générations. Il n’y a donc plus de temps à perdre ». Le dangereux écologiste qui nous annonce ces catastrophes n’est autre que Jean-Paul Bailly, président du groupe La Poste dans son rapport 2005 sur le développement durable. Derrière ces déclarations démagogiques, la Poste organise la mise en concurrence totale de ses services, programmée pour 2009. Elle sera suivie, n’en doutons pas, par la vente au plus offrant d’une entreprise qui sera alors présentée comme nonrentable, dépassée, et incapable de remplir ses missions de service public. Cette baisse de qualité des services de la Poste a été savamment programmée. Dans un cahier de 1996 « sur la faisabilité de l’ajustement », des experts de l’OCDE expliquaient la marche à suivre. En résumé, les usagers restant attachés à leurs services publics, il convient de les en détacher en organisant la dégradation des prestations. Le rédacteur du texte prenait l’exemple de l’école : « Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population ». Dans le cas de la Poste, le service se dégrade progressivement. On remplace 6000 bureaux de poste par des “points de contact”. On compense les départs à la retraite par l’embauche de contractuels, ce qui évite de surcharger les effectifs avec un personnel difficile à recaser lors de l’éclatement de l’entreprise en 2009. On multiplie les promotions sur certains “produits de la poste”, pour préparer à la confusion des tarifs quand le service aura été jeté en pâture à la concurrence. La “rentabilité” impose l’allongement des tournées, augmentant la charge de travail des facteurs, mais grâce à la nouvelle politique du groupe, ceux-ci peuvent être fiers de leur entreprise : «… comme les factrices qui ont commandé 75 000 exemplaires de la première tenue fabriquée avec du coton équitable provenant du Mali… Avec ce type d’actions, La Poste fait grandir la confiance ; la confiance dans l’avenir mais aussi la confiance en soi que donne la fierté d’appartenir à un Groupe qui fonde son développement sur la considération de la personne et qui n’envisage de développement que durable ». Nous ne sommes déjà plus les usagers d’un service public mais les clients d’une entreprise qui n’en finit plus de nous jeter de la poudre aux yeux. Le très médiatique Président Bailly a compris les avantages qu’il pourrait tirer de cette image d’entreprise écolo ! « En France, le terreau est très favorable pour une telle mobilisation de La Poste et de tous les postiers… Bref, le développement durable est un levier majeur pour renforcer l’efficacité économique du Groupe et accroître ainsi sa compétitivité ».
Tous les gadgets sont utilisés par le Président Bailly, comme l’équipement en panneaux solaires de 100 bureaux de poste (sur 11 500 !), le sommet du ridicule étant atteint par la création du premier timbre sur papier recyclé ! Espérons qu’il est enduit de colle biologique ! Quant à la réduction annoncée de 5 % des émissions de CO2 entre 2003 et 2007, quel en sera le bilan global si on prend en compte la consommation accrue des usagers de plus en plus éloignés de leurs bureaux de poste ? Suffira-t-il de repeindre la Poste aux couleurs de l’écologie pour faire accepter par les usagers ce démantèlement du Service public ? Quel que soit votre avis, n’hésitez pas à l’exprimer sur le cahier que les services postaux ont mis à notre disposition au guichet de Belin ! |
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