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Sylviculture naturelle

Visite de l’exploitation forestière de M. Hazera,

quartier de Haudoua entre Hostens et Belin-Béliet,
27 juin 2009.
Sylviculture naturelle et continuedu pin maritime

 

À la suite d’une proposition de M. Hazera via un échange sur le site internet du Courant Alternatif, une dizaine d’adhérents ont accepté une visite in situ pour découvrir cette sylviculture naturelle et continue. En opposition totale avec la monoculture intensive dominante, Jacques Hazera pratique cette sylviculture dans son exploitation forestière depuis près de 20 ans avec grande satisfaction.
Sylviculteur traditionnel de longue date, il expérimente dès 1992une régénération naturelle de pins sur ses parcelles, essentiellement dans un but de conservation.
En 1999, comme tous les autres propriétaires forestiers, il a connu la tempête…
2004-2005 est une période charnière. C’est là qu’il décide de modifier ses pratiques par un virage à 180°, prolongement d’une démarche entamée 12 ans plus tôt. Après une formation BTS de technicien forestier, il suit actuellement une formation d’expert, avec l’appui de Didier Muller comme maître de stage. Ils sont tous les deux adhérents aquitains de l’association Pro Silva France.
Suite à la tempête Klaus, il a souhaité faire connaître son approche et sa démarche, désormais systématisée à une échelle significative. Aujourd’hui il veut diffuser, expliquer et, de toute évidence, convaincre.
Il nous accueille sur l’espace enherbé de son airial paisible, entouré de 50 ha. Ses autres parcelles se situent sur les communes de Louchats et de Belin-Béliet.
Malgré l’obstacle des chablis, nous partons en forêt, au plus près des régénérations naturelles de pins maritimes dont certaines sont véritablement explosives. Certains d’entre nous retrouvent l’ambiance d’une « vraie balade en forêt » ! Il nous explique que tous ces jeunes arbres sont apparus à la suite du seul passage d’un rouleau landais.
Au milieu du semis naturel de pins, nous circulons dans les allées qui dessinent des bandes de 15 à 20 m de large, boisées de chênes, de châtaigniers, mais aussi de sujets épars de feuillus pour enrichir en potassium, et pour tester la survie : saules, bouleaux, chênes-sessiles au milieu des pédonculés, parfois même des fruitiers.
Mais de quoi s’agit-il ?
Jacques HAZERA, nous explique que, comme tout sylviculteur, il souhaite vivre de son activité et optimiser son capital. Il nous présente sa démarche qui est en rupture avec la sylviculture traditionnelle sur trois points essentiels :
1 – Cultiver à l’échelle de l’arbre et non du peuplement
 
La mise au point d’une sylviculture naturelle et continue est censée convenir à la majorité des propriétaires. Elle est simple et facile à mettre en œuvre, et à peu de frais.
Elle s’appuie :
— sur la régénération naturelle des arbres après le simple passage d’un rouleau landais
— sur le chevauchement des générations, c'est-à-dire que sous un peuplement ayant un objectif de coupe à 60 ans, on relance, au bout de 30 à 40 ans, une autre génération de pins. À l’époque de la coupe, les jeunes seront déjà en place et y resteront.
Ces deux techniques peuvent se compléter par la technique de l’irrégulier, c'est-à-dire avec plusieurs âges sur la même parcelle. L’approche est en effet « à l’arbre » et non au seul peuplement. « Chaque individu a un potentiel » précise Jacques Hazera.
 
La régénération naturelle est cloisonnée, sur des distances de 15 à 25 m, par des chemins parallèles. Ces chemins permettent l’accès permanent à la production, canalisent les engins sur les cloisonnements, et évitent au maximum les blessures des arbres pendant les travaux. Elles permettent également une excellente pénétration en cas d’incendie.
Les bandes boisées formées entre ces chemins sont occupées par de nombreux pins, accompagnés d’ajoncs, d’aubépines, de châtaigniers…
De cette masse, il cherche à « tirer le meilleur »… Cela pourra être le pin, mais aussi le châtaigner s’il présente une belle allure. « C’est la masse qui éduque le plus joli » selon Jacques Hazera, nous montrant les arbres naturellement serrés de façon comprimée…
« Pour faire du bois d’œuvre il faut passer par une phase de compression au cours de la jeunesse , et à l’âge adulte, on donne de l’air à chacun ». En sylviculture classique les pins ne sont pas éduqués. Plantés espacés,« les pins ne reçoivent pas d’aide de leurs voisins »,ils développent des branches, et n’ont pas une bonne rectitude… Ils sont isolés et soumis d’autant plus à l’appétit des chevreuils.
2 - Faire un bois de qualité avec… DU TEMPS
Le contexte de la sylviculture en Aquitaine est étroitement lié à l’industrie de la trituration (panneaux de particules). Les grosses industries ont besoin de déchets de bois, des rémanents, et même de bois tordus, ou branchus. En tout cas pas nécessairement de bois d’œuvre de qualité. Ainsi les pins sont amenés à pousser trop vite. L’objectif est de les couper à 40, voire à 30 ans. La filière a besoin d’approvisionnement en volume, mais pas forcement en qualité.
On pourrait presque faire du « pin hors-sol »…
 
Pour Jacques Hazerail est « impossible d’avoir du bois de qualité en seulement 30 ou 40 ans »… Le bois produit contient une forte proportion de bois juvénile, de mauvaise qualité technologique. De plus, dans le système traditionnel, les adultes sont gardés trop serrés, empêchant un réel développement de leurs houppiers.
« Nous sommes dans une opposition radicale des besoins pour faire du bois de qualité». Dans la sylviculture naturelle, il y a environ 200 à 300 pieds par hectare dans un itinéraire de peuplement destiné à atteindre 45 ans. Pour conserver les arbres à objectif 60 ans, une éclaircie sera effectuée pour atteindre 100 arbres / ha. Enfin, pour ceux que l’on souhaite amener à 75 ans, seulement 50/ha seront conservés. « Avoir beaucoup de bois d’œuvre sur beaucoup de pieds, c’est impossible » La qualité de bois d’œuvre est liée au diamètre et à l’âge, à ces deux critères importants s’ajoute la rectitude.
Lors de la visite, une petite pause pour une explication socio-professionnellenous éclaire : dans notre région, les propriétaires sont rarement des professionnels de la forêt, et n’ont pas de formation forestière à proprement parler, leur savoir-faire ayant été acquis sur la durée, dans l’affaire familiale. Certains ont une formation amateur, d’origine le plus souvent syndicale.
Ces sylviculteurs, rarement à plein temps sur leurs exploitations, ne sont donc pas des professionnels, or ils font face à des industriels qui ont besoin de vendre des plants, des engrais, et de faire tourner des usines… ! Ils cultivent en fonction des débouchés attendus et c’est un frein aux changements de méthodes.
3 - Faire un bois de qualité en réduisant les frais
 
La sylviculture vit une contradiction : si les frais sont trop importants au départ, la rentabilité est menacée à long terme ; il faut donc raccourcir le temps de production ! Or, impossible de faire du bon bois en peu de temps.
La démarche de M. Hazera rencontre donc un intérêt parmi la base des sylviculteurs.
Les arbres vieux, et de bonne qualité doivent donc être produits à moindres frais ! La démarche propose clairement de réduire les frais d’investissement et de sortir des dépenses en continu.
Le labourage, l’achat de plants, leur mise en place et leur protection (chevreuils) représentent des frais d’installation importants ! Dans une concurrence naturelle, parmi les très nombreux plants, le plus vigoureux domine… la sélection se fait entre eux. D’après J. Hazera, on obtient une sélection de même niveau que celle du pépiniériste.
NB : L’amélioration génétique consiste en une sélection et quelques croisements… ce n’est pas (encore) une modification génétique.
Sur le terrain, à l’œil nu, nous avons effectivement observé les plants qui se distinguent par leur rectitude et leur vigueur. La régénération naturelle après le passage du rouleau landais coûte moins de 100 euros l’hectare et non pas 1000 euros l’hectare comme avec les autres opérations décrites ci-dessus. Il y a donc, ici, abandon des labours, de la coupe rase, et pas d’achat de plants.
AUJOURDHUI : un réel questionnement
À ce jour, cette nouvelle sylviculture, soutenue par Pro Silva, provoque peu de réactions de la part des industries, et des syndicats… Ces derniers sembleraient plutôt décontenancés.
Il faut reconnaître qu’il s’agit d’une véritable proposition technique. Face à celle-ci, ils semblent réfléchir ! La sylviculture traditionnelle serait-elle dans une impasse ? Connaîtrait-elle une période de doute sur ses méthodes ?
À la base, effectivement, beaucoup de propriétaires se posent des questions. Les techniciens aussi, tout comme des ingénieurs et des conseillers forestiers. La plupart, ici, ont exercé leur métier en décalage avec les fondamentaux de la gestion forestière… Dans le massif ils ont labouré, planté, travaillé le sol de façon intensive… Les administrations forestières sentent qu’on ne peut pas continuer ainsi, avec, de surcroît, des aides publiques qui participent à une production de bois de basse qualité.
Nous apprenons que nous ne sommes pas les seuls à être passés par là : ce printemps, Jacques Hazera a reçu en visite, ici, à Haudoua, des représentants de la DDAF des départements 33, 24, 40, et 47, mais aussi de la DRAF, de la SEPANSO, de l’INRA…
Depuis la tempête, il souhaite continuer à diffuser l’information sur cette sylviculture alternative.
Une dernière question posée par les membres du Courant Alternatif en visite :
 
Qui convaincre que ce bois d’œuvre issu de la sylviculture naturelle et continue est de très bonne qualité et ne peut pas être acheté avec les prix du marché actuel ?
« Le marché marche sur la tête : le petit bois de mauvaise qualité s’achète. Les jolis bois existent et… s’achètent au même prix !! »
 
Jacques Hazera fait un pari : ce marché se modifiera dans les 20 à 30 ans… Un pari face à la récession annoncée du pétrole, de l’aluminium, des plastiques…
Une seule alternative aux besoins : le bois. Pas celui de la trituration, mais un bois d’œuvre de qualité !
La tendance est-elle amorcée ? En tout cas, force est de constater que suite aux crises financière et climatique, pour l’instant le changement est réel dans le discours. Est-ce suffisant ? Certes non. En tout cas nous encourageons chacun à regarder de très près cette expérience élaborée et déjà pleine de promesses, tout près de chez nous.
Remerciements
 
L’accueil de M. Hazera s’adressant aux « non-connaisseurs de la forêt » que nous étions a été d’une pédagogie remarquable, ce qui a donné d’autant plus de crédit à la force de conviction de ses propos, tout en douceur.
Merci pour ce beau moment et cette belle balade en forêt d’un nouveau genre !

Pour compléter votre connaissance technique sur ce sujet :
Jacques Hazera a rédigé un ensemble de fiches traitant de la "sylviculture naturelle et continue " du pin maritime.
Ces fiches sont d'inspiration récente, du fait du passage de Klaus (24 janvier 2009) mais sont en réalité issues d'une longue maturation. Elles expliquent l’intérêt de cette méthode sur différents thèmes. Elles sont mises à notre disposition par M. Hazera.
Vous pouvez accéder aux fiches ci-dessous en cliquant ici
-          L’histoire des pins
-          Comparaison d’avantages,
-          le bois,
-          le sol,
-          le vent,
-          le feu,
-          le T.I.R.,
-          le fisc.
-          Conversation forestière
-          Un exemple


Une autre visite de terrain ?
Des adhérents n’ont pas pu assister à la visite. Une seconde peut être faite, dès lors qu’une dizaine de personnes de l’association sont partantes et se regroupent.
Pour voir la galerie photos, cliquer ici


Contact
:
Jacques Hazera, sylviculteur à Hostens : 05.56.88.55.72.

Mail : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Lien internet : http://www.Pijouls.com

A noter:
Un forum vient d’être créé par l’I.N.R.A. sur les questions de sylviculture : « Sylviculture, forêts et tempêtes». Si vous êtes intéressés voici l’adresse : http://www.forum-inra.fr/ciag/
 

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