| Un essai de canal à Béliet en 1826 ! |
| Écrit par Jean-Pierre Lescarret/Gilles Rosière |
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Le canal d’essai de Belin-Béliet (1824-1828)
  Les travaux d'assainissement et de boisement qu'ils ont suscité sont maintenant bien connus. Tel ne semble pas être le cas — sans doute parce qu'ils n'ont jamais abouti — des multiples projets de canaux de navigation élaborés depuis le début du XVIIIe siècle. Le canal semblait présenter dans l'esprit des divers auteurs le double avantage d'autoriser le transport de produits pondéreux à bas prix et de drainer les zones mal égouttées. Nous ne retiendrons que ceux qui intéressent directement la région de Belin-Béliet. En 1775 un négociant bordelais : Henri, et son associé Thivent veulent réunir la Garonne à la Leyre par le Gat mort et la vallée de la Gaure. Le Chanoine Louis Guillaume Desbiey avait exposé le même projet dans son Mémoire de 1774, mais il semble bien qu'Henri et Thivent aient eu l'idée initiale ; ils intéressèrent à leur entreprise M. le Comte de Montauzier et M. le Marquis d'Arcambal, mais les travaux ne dépassèrent pas le stade de la carte détaillée et des mesures de nivellement.   Au début du XIXe siècle les projets sont si nombreux que des procès opposent les auteurs. Aussi, Louis XVIII, par une ordonnance royale signée en 1821, charge une Compagnie de rechercher dans les Services d'Archives des Landes et de la Gironde, toutes les études relatives aux canaux, défrichements et assèchement de marais, puis d'exécuter les levées et plans ayant pour objet l'établissement des canaux les plus dignes d'intérêt. L'Inspecteur général Deschamps est désigné pour accomplir cette mission. De 1824 à 1873 son projet initial et ses diverses variantes sont défendus avec passion. Dès 1826, son gendre Billaudel, ingénieur des Ponts et Chaussées, avait fait paraître : « Les Landes en 1826 ou esquisse d'un pian général d'amélioration des Landes de Bordeaux », à joindre au projet de canal proposé par Monsieur Deschamps. Ce livre fut réédité à Bordeaux en 1837 et à Paris en 1838. Si ce vaste mais irréalisable projet ne vit jamais le jour, la commune de Béliet porte le seul tronçon d'essai qui ait jamais été réalisé.    Préalable à la réalisation du grand canal qui devait joindre la Garonne à l'Adour, on décida la construction d'un canal d'essai sur le territoire de la commune de Béliet, un kilomètre environ au Nord-Ouest du Graoux. Les plans furent établis par Billaudel en 1824 et les travaux surveillés par Deschamps; pour rendre l'opération plus démonstrative on choisit les conditions les plus difficiles : le tronçon, long de 907 m, profond de 1,30 m comprenait sur 65 m un pont-canal en charpente, au-dessus du ravin de la Moulette, puis une creusée sur le plateau proprement dit. La pente prévue était de l'ordre de 0,005 % et le débit de 103 m³ à l'heure.   L'état détaillé des frais, approuvé par le baron d'Haussez, préfet de la Gironde, nous apprend que l'on dut transporter 17.394,64 m³ de déblais et 11.991,49 m³ de remblai ; l'ensemble des terrassements coûta 8.964 F 82. Le pont aqueduc exigea 130 pilotis dont 30 longs de 8 m ; au total 275,88 m³ de bois d'oeuvre furent utilisés. Les chefs d'ateliers de terrassiers se nommaient Grandjean, Peraldo, Rosazza, Roux et Rocipon ; Juhel Renoy de la Grand forge fabriqua une partie des clous, boulons et pièces métalliques nécessaires. 3.431 m² 32 furent goudronnés et 540 m² 70 calfatés ; les produits nécessaires furent fournis par Corbin et Larosa de Salles, Dupouy, Durand, Roumégoux, Arnaud Brun ; Bouluguet père dirigeait l'atelier de calfatage. Au fil des pages on relève les noms de Carré, Maître charpentier ; Videau, scieur de long ; Téchoir, bouvier. Les abords du canal furent gazonnés et plantés d'arbres, Gueyraud, pépiniériste à Bordeaux fournit 80 peupliers, Cazeau, maire de Beliet, 250 et la main d'oeuvre nécessaire pour planter 330 peupliers et quatre chênes. D'Haussez avait remercié par écrit la municipalité de Béliet qui avait fait don du terrain emprunté par le canal et le chemin de halage.
  La mise en eau fut effectuée le 4 avril 1826 et mit tout de suite en évidence de nombreuses fuites. Mais l'inauguration put avoir lieu le 9 mai : en grande pompe le Vicomte Lainé, le Baron d'Haussez, Deschamps et Pierre Balguerie parcoururent le tronçon dans toute sa longueur sur une "petite embarcation avec mâture et avirons". Dès le 4 octobre 1826, le canal semble à sec à cause des trop nombreuses pertes ; pourtant Jean Tauzin garde champêtre à Béliet est promu "garde du canal"et rétribué 5 F par mois du 1er janvier 1827 au 30 septembre 1828.   L'ensemble des travaux avait coûté 32.107,06 F ; en dépit de l'ingéniosité et du zèle des constructeurs le canal d'essai avait surtout mis en évidence le caractère utopique d'une réalisation à grande échelle et l'insuffisance des études préalables. Cet échec ne devait pourtant pas décourager d'autres projets dont certains — jamais réalisés — furent défendus par les plus hautes instances jusqu'à l'extrême fin du XIXe siècle. Sources : Archives départementales de la Gironde, série 6 J 16.
  Le canal d'essai tel qu'il apparaît sur le cadastre de Béliet en 1843.  En annexe, deux documents de l'époque : Encyclopédie méthodique. Géographie, par M. Desmarest 1809 :   Si jamais le projet du défrichement des landes avait lieu, le haut Villagrins fournirait une situation bien favorable à l'ouverture d'un canal navigable depuis Castres jusqu'au bassin d'Arcachon. On trouve dans cette partie de la lande, qui est très-élevée, des marais très étendus, qui, dans les plus grandes sécheresses de l'été, conservent plusieurs petits lacs , lesquels forment un étang assez considérable dans les saisons pluvieuses. Le point de partage de la pente de cette lande, et vers la Garonne, et vers l'Eyre, est comme fixé en cette partie au dessous du château de Saint-Magne, aux lieux appelés la Hacau et la Ouarcey. La rivière de Castres y prend sa source du côté de la Garonne, et à très peu de distance un autre marais fournit les eaux du ruisseau qui passe au bas de Béliet, sous le pont construit sur la grande route de Bayonne, et qui se décharge dans l’Eyre. Pour peu de soin qu’on daignât prendre afin d'encaisser cette rivière depuis Béliet jusqu'à son embouchure, il serait (facile) d'établir une communication bien avantageuse entre le havre d'Arcachon et la Garonne; c’est alors qu'on verrait les landes se peupler et se défricher avec succès.
 Que manque-t-il donc aux Landes pour prospérer ? Un débouché facile : des canaux et des grands chemins. En les établissant, le gouvernement en moins de cinquante ans verrait disparaître ces vastes friches, monuments honteux de l’insouciance des anciennes administrations, une industrie éveillée remplacer la stupide paresse des habitants actuels, et leurs lourdes échasses échangées contre la rame du marin.
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