VI
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RIGAUT ET LES COMPAGNONS DU DUC BEGON
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  Disons maintenant des gentils chevaliers du palaisin Begon. Ils étaient rentrés dans Valentin à la nuit serrée et grande avait été leur inquiétude en reconnaissant que le Duc ne les y avait pas précédés.
— Seigneurs, dit Berengier le gris, je pleure et gémis avec vous ; j'aimais aussi le franc duc et ce n'était pas sans raison : qui mieux que lui fut jamais large, preux, sage et bien appris ? Hier, il s'était dépouillé pour moi de son peliçon herminé ; il avait fait don à ma femme épousée de son manteau de zibeline. Tout l'or du monde ne m'empêcherait pas d'aller demain matin à sa recherche.
— Demain? reprit Rigaut, pourquoi non tout de suite ? Remontons !
  Et soudain, comme arrivait la mi-nuit, ils repassèrent la porte de Valentin, pour arriver au point du jour à Champbelin, lieu voué au service du seigneur Dieu. Berengier le gris abordant l'hermite comme il sortait de son réduit :
— Frère, n'avez-vous pas vu passer ici un chevalier?
— Oui, répond-il, hier au temps de vêpres, j'aperçus un noble chasseur à la poursuite d'un sanglier; mais ses chiens étaient tellement rendus de fatigue qu'il les avait pris et les portait sur le devant de son cheval.
  Encouragés par ce récit, ils marchent dans la voie qui leur était indiquée, ils donnent du cor de toutes leurs forces ; le son parvint aux oreilles du comte Fromont, lequel s'était mis en chemin et voulait faire escorte au duc Begon jusqu'à Valentin. Mais alors appelant à lui l'abbé Lietris :
— J'entends un cor, ce doit être celui des chevaliers de Begon ; je ne veux pas aller à eux, la colère pourrait les mal conseiller ; je prends donc congé de vous, continuez votre voyage ; voici mes lettres que vous remettrez à Garin.
  Ces mots dits, il revient sur ses pas et rentre dans son château de Lens dont il fait lever les ponts, fermer les portes, garnir les murailles, dans la crainte de tout ce que pourraient tenter les nombreux amis et parents du duc Begon.
Berengier le gris chevauchait en avant : il aperçut le premier le bon abbé Lietris :
— D'où venez-vous, dant Abbé, et où allez ? Quel est l'homme couché dans cette bière ? Est-il malade ou blessé ? Est-il mort ?
— Il est mort, répondit l'Abbé; c'est le duc Begon, frère de Garin de Metz. Les sergents de Fromont l'ont frappé dans la forêt de Lens.
  Les autres chevaliers rejoignaient Berengier le gris quand l'Abbé dit ces paroles. Ils ne peuvent croire à leur malheur, peu s'en faut qu'ils ne perdent le sens : Rigaut se jette sur la bière en poussant de grands cris, en appelant son oncle: il le soulève, le prend entre ses bras, découd le cuir bouilli qui l'enfermait et tranche la seconde enveloppe de lin à la hauteur des yeux : alors, il contemple le bon duc, son visage ténébreux, ses yeux tournés, le corps et les bras raidis.
— Ah Begon ! Ah malheureux ! s'écrie-t-il, quelqu'un a donc pu vous frapper, vous ôter la vie ! Et vous n'êtes pas encore vengé !
   Avec Rigaut pleurent et se désolent les damoiseaux qui attendaient de Begon leur adoubement.
— Que ferons-nous et que devenir aujourd'hui ? Comment rentrer dans notre pays ! La duchesse Béatris, ses deux enfans Hernaut et Gerin demanderont où nous vous avons laissé ; que pourrons-nous leur répondre ?
— Chevauchons tout de suite, dit Rigaut, je ne voudrais plus vivre, mais il faut d'abord le venger.
— Écoutez, dit l'abbé Lietris, il convient d'attendre un peu : Fromont est riche et puissant, il est chez lui, il a beaucoup d'amis, un grand lignage; mieux vaut d'abord conduire la bière à Metz, devant le duc Garin, et savoir sa volonté.
— Faites donc comme vous l'entendrez, dit Rigaut.
  Les chevaliers revinrent à Valentin avec l'abbé Lietris ; le corps de Begon fut posé dans la grande salle du château où se pressèrent à l'envi pour le voir les bons chevaliers, les nobles damoiseaux, les belles dames, les riches bourgeois. On l'avait entouré d'un grand luminaire ; les prêtres bénis aussitôt appelés chantèrent sur lui les vigiles. Cependant Rigaut prenant à part Berengier le gris :
— Écou-tez-moi, bel hôte, lui dit-il, voulez-vous me conduire à Senlis ou à Crépi ? Voilà quatre marcs d'estrelins, ils sont à vous.
— Grand merci ! Dit Berengier, je suis prêt à vous conduire.
  Aussitôt ils montent deux bons et forts chevaux qu'ils éperonnent de jour et de nuit, si bien qu'ils gagnent la rivière d'Aisne et la passent en bateau ; sur l'autre rive était un bois qu'ils traversèrent ; midi était passé quand ils en sortirent. Berengier ayant indiqué Crépi, prit congé de Rigaut, repassa la rivière et regagna Valentin ; mais Rigaut ne s'arrêta pas avant la ville de Paris, où séjournait Pépin et l'Emperière.
  Il faisait nuit quand il arriva; car son cheval las d'une aussi longue course marchait péniblement depuis une heure. Rigaut mit pied à terre devant le logis de son hôte Landri ; comme il allait redescendre, son cheval fléchit et tomba pour ne plus se relever.
— Eh! Sire Rigaut, d'où venez- vous ? dit l'hôte étonné, où donc avez-vous laissé monseigneur le comte Begon de Belin ?
— En Loheraine, auprès de son frère. Il m'a renvoyé devant lui, pour mettre en état ses villes et châteaux. Savez-vous où est madame l'Emperière ?
— Je l'ai vue ce matin à la messe de Notre-Dame.
  Rigaut se dirige vers le palais, et pénètre jusqu'à la chambre où se tenait la franche Emperière. Pour n'être pas reconnu, il avait abaissé son chaperon. En la voyant, il s'incline :
— Dieu, dit-il, qui fut mis en croix, vous sauve, Madame !
  Blanchefleur le regarde avec attention :
— Ah! Rigaudin ! cria-t-elle, c'est toi ! Mais ton seigneur, le comte Begon de Belin, où l'as-tu laissé ?
— Dame, veuillez vous tirer un peu à part, et je vous le dirai.
  Elle le conduit dans la chambre voisine :
— Écoulez-moi, dit Rigaut, et pas un mot de ce que vous allez savoir.
— Parle donc, je t'écoute.
— Franche reine, Begon est mort ; le riche duc qui m'avait nourri, Tiebaut l'a tué, le frère d'Estourmi, le neveu du vieux Fromont.
  À ces mots, la dame, hors d'elle, demeure quelque temps sans répondre; Rigaut la soutient dans ses bras :
— Au nom de Dieu, dame, ne faites pas de bruit, ne poussez pas un cri ; il ne faut pas que nul, grand ou petit, le sache, si vous voulez que j'aie le temps de cornmencer la vengeance. Une chose fâcheuse m'est avenue, mon cheval est tombé mort au moment où j'en descendais.
— N'en prenez souci, dit Blanchefleur, vous en aurez un autre tout aussi bon, tout aussi fort.
— Et appelant aussitôt son chambrier David :
— Vous donnerez à Rigaut, dit-elle, le destrier arabe dont me fit présent l’abbé de Cluni. Vous rassemblerez soixante hommes armés et vous irez où Rigaut mon ami vous conduira.
—Grand merci, dame ! Dit Rigaut. Maintenant, voilà deux jours que je n'ai dormi, que je n'ai rien approché de ma bouche.
— Vous allez manger un petit.
  La Reine parle, on lui apporte un pot rempli de vin, un paon rôti, quatre pains. Le héros mangea, tout en démenant grand deuil ; ensuite il dormit deux heures. Au réveil, il alla prendre congé de l'Emperière qu'il trouva encore dans les larmes ; il sortit du palais et ne s'arrêta que dans Orléans.
  Il n'y rencontra pas Hernaïs, alors en Anjou près du comte Jofroi, son cousin. Grande fut d'abord la joie d'Heluis en voyant Rigaut.
— Soyez le bien venu, neveu ! lui dit-elle, où avez-vous laissé mon frère ? Reviendra-t-il par ici?
— Non, dame, Dieu ne l'a pas voulu : votre frère est mort, les Bordelais l'ont tué.
— Ah Dieu ! Ayez pitié de moi ! dit Heluis.
— Rigaut reprit : Surtout, dame, ne découvrez à personne rien de ce que vous venez d'entendre; je partirai ce matin même pour faire dans le Bordelais une chevauchée dont on pourra longtemps parler. Dites à mon oncle Hernaïs qu'il pense à nous, qu'il se joigne à Jofroi l'Angevin et qu'ils se trouvent, mercredi à Gironville, où je serai pour les recevoir.   Il dit, remonta et sortit d'Orléans avec quatorze chevaliers que la bonne dame avait réunis pour lui faire secours. Ils passèrent Bourges et Neufchastel-sous-Cher ; à la chute du jour ils découvrirent la côte de Blaives. Gautier était l'hôte de Rigaut ; il descendit à sa porte, et dès le lendemain matin il fit creuser les fossés, redresser les murailles, et manda les estagers pour garder la ville et la défendre de toute attaque.
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VII
GUERRE DE RIGAUT DANS LE BORDELAIS
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  Quand Rigaut eut bien pourvu de denrées la ville de Blaives et fait appel aux chevaliers de la terre, il se rendit à Belin où se tenait la belle Béatris et ses deux enfans Hernaut et Gerin. Il ne découvrit pas d'abord son deuil :
— Sire Rigaut, lui dit Béatris, soyez le bienvenu ! Mon mari n'est-il pas avec vous ?
— Dame, je l'ai laissé avec son frère Garin et son neveu Girbert. Ils se croient à la veille d'une grande guerre, et il m'a fait aller en avant pour mettre ses places en bon état. Ainsi, vous ferez fermer le château de Belin, vous avertirez le prévôt Oudin de le bien fournir de denrées, et de réunir tous les estagers de la terre, il ne faut pas qu'un seul, grand ou petit, soit en retard.
— Je ferai tout cela, reprit la dame.
— Et moi, dit Rigaut, je repartirai demain matin pour voir mon père Hervis.
— Rigaut, dit Béatris, vous avez un secret, ne pouvez-vous me le découvrir ?
— Dame, je pense bien être ici dans trois jours, vous le saurez quand je retournerai. Le lendemain, il partit au point du jour, arriva au Plesséis où il trouva son père et ses deux jeunes frères, Tion et Morandin.    Hervis courut joyeux au-devant de Rigaut : D'où viens- tu, fils, et le vaillant Duc, où l'as-tu laissé ?
— Père, nous avons eu mauvaise heure ; nous avons tout perdu, le comte Begon n'est plus ; écoutez-moi encore, père. C'est le mauvais traître Tiebaut qui l'a surpris et l'a frappé à mort.
— Maudit soit-il, et que jamais nous n'ayons paix avec lui !
— Père, voici ce qu'il convient de faire : nous adouberons mes deux frères, ils m'aideront dans la guerre que nous allons reprendre.
  Hervis y consentit, et le lendemain Morandin et Tion furent armés chevaliers ; il n'y eut pas de fête : on n'y parla point d'y donner le vair et le gris ; les vallels se contentèrent des bons chevaux, de fortes armes et de cottes neuves pour les couvrir. On voyait éclater d'un côté la joie pour l'adoubement des deux vallets, de l'autre la douleur pour la mort du bon duc Begon.
  Cependant Jofroi avait rassemblé ce qu'il avait pu d'Angevins, et le duc Hernaïs avait mandé tous ses chevaliers ;
— Mon fils, lui dit belle Heluis, si l'on t'avait tué, fût-ce l'empereur Pépin lui-même, mon frère Begon ne l'aurait pas plutôt su qu'il serait arrivé à Paris, aurait mis tout en charbon et en ruines ; ne l'oubliez pas, au nom de Dieu !
— Mère, vous pouvez en être assurée.
  Et le jour indiqué, Hernaïs et Jofroi, accompagnés, disent les gestes, d'un millier de chevaliers, arrivaient à Gironvilie, où Rigaut ne les avait pas attendus. Après avoir une seule nuit reposé au Plesséis, il était monté, avant le jour, suivi de sept vingts chevaliers et de mille soudoiers qui tous étaient ses hommes, car il eut soin de ne faire aucune semonce en dehors de ses terres. Arrivé devant Bordeaux, il pose une embuscade dans le bois de sapin. Les Bordelais, qui n'avaient pas sujet de craindre, ouvrent leur porte et font sortir leurs ouailles et bestiaux dans la campagne. Rigaut fond sur les troupeaux, et les poussait déjà devant lui, quand ceux de la ville, entendant les cris, courent aux armes et sortent de la ville, armés et bien montés, au nombre de quatre cents : les nôtres reculent alors comme effrayés, jusqu'à ce qu'ils aient regagné l'embuscade. Soudain parait une nouvelle bataille plus forte que la première : Rigaut retourne avec eux, brandit l'épieu, atteint Alori, cousin de Fromont, et l'étend mort sur le sable. Le jeune Tion arrêtait de son côté le vassal, Sanson, écartelait son écu, demaillait son haubert et faisait pénétrer dans sa poitrine le fer et la blanche enseigne d'Alexandrie. Morant son frère renversait Nevelon ; le prévôt Guirre, monté sur cheval gascon, attaquait Gerart dont il fendait l'écu chargé d'un lion, lui passait dans le corps sa bonne épée. Il fallait voir les grands coups portés par les nouveaux chevaliers, et l'herbe qui sous chacun de leurs pas devenait sanglante.
  Mais Aimon de Bordeaux, il en était temps, arrive à force d'éperons. Il voit Tion jeter l'effroi devant lui, il s'élance et va le frapper sur son écu. L'épieu ne trouve pas do résistance dans les mailles du haubert, pénètre fer et enseigne dans les chairs, tranche le poumon, le foie, la rate, et jette mort l'enfant près de son destrier aragonois; Hugues, fils d'Aimon, arrachait de son côté la vie au preu Foucon. Dieu reçoive à merci l'âme des deux gentils chevaliers!
  On court dire à Rigaut que son frère Tion vient d'être tué ; il change de couleur comme atteint du même coup qui avait frappé son frère. Comme un lion furieux, il se jette au milieu de la bataille des Bordelais : ceux qui l'attendent meurent, les autres ont à peine le temps de fuir. C'est ainsi qu'il les pousse devant lui, de toute la longueur d'une portée d'arbalète. Morant n'est guère moins redoutable : il atteint Harduin, le frère de Bernart de Naisil et l'un des oncles de Fromont. Il fend son écu, brise le haubert, se fait un passage dans ses entrailles et le jette mort derrière son cheval. Au moins le jeune Tion est-il vengé!
  Rigaut et Morant d'un côté, le vilain Hervis de l'autre, frappaient les Bordelais de l'épieu, de la hache, comme bûcherons dans un épais taillis : c'en était trop pour Aimon, il se résigne à leur quitter la proie et donne à ses gens le signal du retour dans la ville. Mais en chevalier courageux et hardi, il reste avec ses fils sur le dernier rang, pour supporter le grand poids de la poursuite. C'était merveilles de les voir tous trois avoir l'oeil à tout, arrêter les plus hardis de leurs adversaires, et prévenir les coups qu'ils allaient porter en les frappant eux-mêmes. Rigaut accourt et arrête le jeune Seguin, perce son écu, démaille son haubert, introduit le fer dans sa poitrine et lui sépare douloureusement l'âme du corps. Il tombe sous les yeux de son père Aimon de Bordeaux :
— Ah vassal! crie le duc Aimon, le jeu que tu as commencé ne finira qu'avec ta mort : ton sang pourra seul payer cette trahison. Nous avions, mes hommes, moi et tous mes puissants amis, fait la paix devant le roi Pépin, et tu nous as vilainement surpris. Tu as tué mon oncle Harduin, et Seguin mon cher fils ; j’appelle sur toi la vengeance du seigneur Dieu.
— Aimon, répondit Rigaut, vous savez bien que votre Tiebaut du Plessis a brassé tout cela : il a mis à mort mon seigneur Begon, vous venez de nous enlever Foucon et Tion mon frère ; tant que je vivrai, la vengeance en sera poursuivie, et jamais je ne serai votre ami.
  Les Bordelais rentrèrent à Bordeaux non sans avoir laissé dans les champs bon nombre des leurs. Pour les hommes de Rigaut, ils retournèrent tristement, après avoir fait deux bières sur lesquelles ils emportèrent Seguin et Tion. Il ne faut pas demander s'il y eut à leur retour au Plesséis bien des regrets et bien des larmes.
  Rigaut ne les avait pas suivis: il aima mieux, avec une partie de ses hommes, courir la campagne, brûler, renverser les tours et manoirs, enlever les proies ; dix lieues à l'environ, il n'y eut pas une vache, une brebis, une robe, un tissu, une coûte, une draperie, qu'il ne fît conduire au Plesséis. Ses hommes en furent tous pour longtemps riches : ainsi va de la guerre.
  Et tout cela, avant l'arrivée d'Hernaïs d'Orléans, de Huon du Maine, de Gautier de Paris, de dant Jofroi d'Anjou. Rigaut rentré dans le Plesséis, on s'occupa du service de Tion et de Foucon. Hervis avertit l'abbé de Saint-Seurin, il lui donna grand avoir et chevaux de prix, pour qu'il vint prendre les corps et les déposer côte à côte dans le cloître de l'abbaye. Puis aussitôt que l'Abbé eut emporté les deux cercueils, Rigaut, prenant avec lui trois mille fervêtus, va mettre le siège devant Vaunuble, qu'il ne veut pas quitter avant de l'avoir saisi. Il a soin d'envoyer en même temps à l'Emperière un fidèle messager qui, à grandes journées arrivant à Paris, fut avidement écouté par elle. Dame, dit-il vous saurez que Morant a tué Harduin, oncle de Fromont, et vaillant chevalier de son corps. Le preux Rigaut a de son côté tranché le foie et le poumon à Seguin, fils d'Aimon de Bordeaux, sans parler de cent autres fervêtus. Le pays est en flammes ; trois n'en rencontrent jamais deux sans les retenir prisonniers. Rigaut en ce moment est devant Vaunuble, qu'il ne laissera pas avant de l'avoir saisi.
— Rigaut a-t-il beaucoup de monde avec lui? Dis-le moi, frère?
— Oui, dame, il peut bien compter sur deux mille chevaliers.
— Dieu soit donc loué ! reprit Blanche-fleur, qu'il garde mes amis et confonde les Bordelois !
  Nous laisserons Rigaut prendre le fort château de Vaunuble, défendu par sept chevaliers qu'il fit mourir de mauvaise mort, renverser les murs, abattre la tour et rentrer au Plesséis. Nous reviendrons au duc Begon et à l'abbé de Saint-Amant qui s'est engagé à conduire le corps au bon duc Garin de Metz.
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